Le carnet de route de

Jean Baptiste Boisseau

 

Carnet de route de Jean- Baptiste Boisseau

 Je suis de la classe 1915 ; j’avais 19 ans, quand je partais le 17 Décembre 1914.

Je fus versé à la 9ème Section de C.O.A à Tours, et après 3 mois de classe, affecté à la boulangerie.

Le 21 mai 1915 je pars au Mans, je travaille en qualité de brigadier au parc à fourrages dans les fours de campagne Lespinasse 

Le 1er Octobre 1916, je rejoins le 172ème d’infanterie : Régiment  au repos dans l’Oise à Feuquières.

 Je reçois le baptême du feu dans la Somme :  le 20 octobre : nous prenons les autos, le soir nous contournons  Suzanne; il fait noir nous remontons sur les crêtes, nous voyons le  ciel en feu sur toute l’étendue du front : c’est un spectacle  magnifique dans son genre, mais en pensant que le lendemain soir  je serai dans cet enfer , ça me fait passer des frissons sur tout le corps.

 Dans la nuit du 22 au 23 octobre , nous montons donc faire la relève. Il pleut à verse jusqu’à Maurepas; nous suivons la route. A Cléry, nous commençons la suite interminable de boyaux , nous voici au ravin de la mort; nous le suivons jusqu’à Bouchavesnes,

 partout ce n’est que des cadavres contre lesquels on se heurte, l’odeur qui s’en échappe est écoeurante. Nous croisons des blessés, qui bien que souffrant beaucoup, sont heureux de sortir de la fournaise ; à chaque instant, il tombe de  nouvelles rafales d’obus , qui font de nouvelles victimes .Nous arrivons enfin , en première ligne ,rendus au bout, esquintés ; on me met à mon poste: un trou d’obus rempli de flotte . A la pointe du jour nous subissons un bombardement terrible, mon copain Malassagne a une jambe sectionnée , il meurt  presque aussitôt, plusieurs autres sont blessés. Un gros noir... éclate tout près de moi, je suis recouvert de terre;  je me dégage , la tranchée est comblée , je ne sais plus où me mettre, ça craque de tous côtés. J’essaie de me creuser un abri , avec mon  outil portatif , mais la terre, étant mouvante, s’écroule sur moi. Je suis donc obligé de rester là dans la boue, sous la pluie battante et sous un bombardement terrible

le 23 je suis nommé de patrouille. Nous tombons sur une  patrouille de boches. Après plusieurs coups de feu échangés, nous rentrons, un Fritz ayant été blessé, nous le ramenons dans nos lignes.

 Le 24, j’étais nommé pour aller au ravitaillement. Nous devions nous rassembler au P.C. du Commandant de Compagnie, mais les copains de la 3ème section, qui nous accompagnaient étant en retard de 10 minutes, nous voilà partis à l’aventure sous le bombardement. Que faire ! il faut cependant rapporter la soupe aux copains, après quelques minutes d’hésitation, nous partons ; on nous a dit que les cuistots nous attendaient du côté de Cléry. En traversant la route de Péronne, nous sommes pris sous un bombardement intense. Heureusement pour nous ce n’était que des lacrymogènes, nous avons pris nos masques et en avons été quitte pour la peur. Nous n’avons vu que du feu et une épaisse fumée, mais aucun de nous n’était blessé. Nous suivons le ravin de l’Aiguille, croisons les autres sections qui revenaient et leur avons demandé le chemin. Nous trouvons les roulantes à la sortie du boyau , près de Cléry . Nous y chargeons des bidons, du pains, des bouteillons,de la bidoche, et reprenons le chemin du retour. Ce fut un vrai martyre, chargés comme des mulets, nous pouvions à peine avancer, car les boyaux étaient pleins de boue, et malgré les obus qui pleuvaient nous étions forcés de passer à découvert, sans cela on se serait enlisés. Enfin, nous arrivons au petit jour , nous marchions depuis 6 heures du soir, les copains nous attendent avec impatience , ils ont faim, c’est naturel , depuis deux jours, nous n’avions rien touché. Dans la tranchée, je me suis abattu esquinté, j ‘avais fait un effort presque surhumain pour arriver là, je me suis endormi, malgré le froid dans la boue . En me réveillant , je ne sentais plus mes pieds, ils étaient gelés……. On m’évacue, je passe dans deux ambulances, on me pique contre le tétanos .

 Le 28 Octobre j’arrive à l’hôpital à Abbeville . Je trouve tout drôle de voir des infirmières et des civils . Je suis dans un bon lit, ce qui me rend heureux .On commence à me soigner par des massages à l’alcool camphré,c’est maintenant que viennent les souffrances ; oh , alors atroces. J’avais comme l’impression que l’on m’enfonçait des milliers d’aiguille , dans les pieds, et ainsi pendant sept jours. Je ne cessais de crier tellement la souffrance était terrible .

 Trois semaines plus tard, guéri, je quittais l’hôpital, avec sept jours de permission.

 Le 20 novembre, j’arrive au dépôt à Villiers Bretonneux, dans la Somme .

 Le 30 novembre nous conduisent à Feuquières ( ?) Oise, où le régiment est au repos.

Le 10 décembre, dans la Marne, nous avons 125 Kms. à faire, nous les parcourons en cinq jours nous arrivons à Romigny le 15.

 Le 19 , je pars en permission de 7 jours , je reviens le 4 Janvier 1917.

 Le 17 janvier 1917, nous montons en ligne près de Berry au Bac. Nous y restons 8 jours ; le secteur n’est pas mauvais, mais je souffre beaucoup du froid . Le pinard gèle dans les bidons, il faut couper le pain avec des haches . Nous sommes relevés le 27, près de Braine dans l’Aisne, dans les baraques Adrian. Il fait un froid tel qu’il est impossible de dormir, nous écartons la neige et chacun apportant des brassées de bois, nous faisons un immense brasier, et la tête dans nos mains, nous roupillons assis.

 Nous remontons en ligne le 29 mars, mais ma Compagnie reste dans les grottes de Duétzel, en réserve, là nous sommes peinards, nous jouons à l’enchère du matin au soir.

 Nous sommes relevés le 5 février par un bataillon de chasseurs.

 Nous embarquons le 6 février à Couvrelles ( ? ) et nous débarquons le soir à Mareuil sur Ourcq ; il faut encore faire 17 Kms. la nuit pour arriver à notre cantonnement à Germiny ( Marne) Nous montons en ligne le 7 mars, le 8 nous cantonnons à Noroy sur Ourcq, le 9 à Longpont, le 10 à Vierzi et dans la nuit du 11, nous faisons la relève à Soissons. Notre Compagnie est en réserve de bataillon dans Villeneuve, faubourg de la ville. Le jour nous occupons un petit fortin , la nuit nous travaillons en première ligne.

 Le 14 mars, la 2ème Compagnie fut attaquée par un fort détachement Boche , en vitesse, nous volons au secours des copains ; ça barde dur : grenades, torpilles, tout crachin….. les tranchées sont bouleversées, nous nous en tirons avec 15 blessés et un tué et les Fritz repoussés.

 Le 20 pendant la nuit, j’étais au petit poste, trouvant étonnant ,cette nuit là, de ne pas, comme d’habitude ,voir, de fusée, et entendre des coups de feu, je fais part de mes soupçons au sergent. Quelques heures plus tard des patrouilles allaient reconnaître les lignes adverses et n’y trouvèrent personne.

 Le 21 à 8 heures du matin, je suis désigné avec la deuxième section pour une reconnaissance . Nous passons l’Aisne en barque et nous installons à 200 mètres de là pour garantir le Génie qui lançait un pont pour permettre au régiment de passer. Le soir à 8 heures, le pont n’était pas fini et par conséquent le régiment est resté sur l’autre rive . L ‘Adjudant ayant reçu l’ordre de demander 6 volontaires pour aller reconnaître un petit pays à 1500 mètres devant nous, et comme nous n’étions que 15 , presque tous des vieux pépères , c’était la moindre des choses que je me désigne. Je pars donc avec Michaud, Thiébault, Favre, trois autres jeunes et l’Adjudant . . Avec Michaud, nous rentrons dans le pays , baïonnette au canon, tandis que les camarades et l’Adjudant gardent les issues, nous fouillons les abris, nous ne trouvons que désolation , les Boches étaient partis, mais n’avaient laissé derrière eux que des ruines, arbres fruitiers sciés à 1 mètre du sol, maisons démolies volontairement. La prise du pays n’en revenait pas moins à nous deux

 Le 22, nous nous lançons à la poursuite des Boches, nous prenons Crouy, le plateau et sa sucrerie, laquelle était transformée en une véritable forteresse. Dans la plaine, nous avançons en tirailleurs, on voit de- çi, de- là des trous d’un mètre cinquante de profondeur avec au fond des baïonnettes et diverses armes tranchantes, le tout recouvert de branchages . Soudain, le canon tonne, ça tombe de tous les côtés, on fait du plat ventre. Malheureusement il y a encore des victimes, un tué et deux blessés dont notre Lieutenant assez grièvement.

 Au point rouge la 9ème attaque à plusieurs reprises, pas de chance la Compagnie est presque anéantie et pas de résultats.

 Le 26 mars : nous attaquons pour prendre la crête qui dominait Margival ; je suis agent de liaison entre la Compagnie et la reconnaissance. Nous nous engageons dans un petit bois, sur la gauche, nous avons été vus, les mitrailleuses claquent, un camarade à côté de moi récolte une balle dans le bras Grâce au sang froid d’un camarade, notre tâche fut simplifiée, à lui seul sur la route, il a zigouillé cinq Boches et blessé deux autres , le reste de la section de garde Boche à mis les voiles, et comment !

 Le 29 mars, je pars en patrouille, Favre et Michaud sont tués et Belin est blessé. A la nuit nous sommes relevés par le 19ème d’Infanterie, nous suivons la route que nous avions parcourue quelques jours avant . A trois Kms des lignes nous faisons la pose près de Crouy , quand soudain un gros 210 tombe en plein sur ma Compagnie, nous avions, sans doute, été repérés par des observateurs Boches, des rafales tombent de tous côtés . Dix des nôtres sont tués sur le coup, je suis renversé dans le fossé.C’est une vision d’horreur , pêle- mêle, on voit sur la route des débris humains, plusieurs crient achevez moi ! ! ! les autres appellent leur fiancée, leur mère . Le pauvre Blondel avait les deux jambes sectionnées, Bourliez, Girault, Guillonneau, Lafleur, Magnier sont étendus là agonisants. Notre Capitaine Vielle-Castel nous rassemble, nous n’étions plus que sept, tous les autres s’étant enfuis de tous les côtés comme des fous. En résumé : il y a chez nous 10 tués, 17 blessés , la 6ème Compagnie en a autant .

 Le 30 mars, nous sommes en réserve à Busanzy.

 Nous partons, le 9 Avril, à Courcelles, après avoir rejoint le cantonnement bien fatigués.

 Le 14 Avril, on nous avertit que nous allons monter prochainement en ligne. Nous devrons faire trois fois sept mètres ( ?) en quatre bonds, l’artillerie avancera son tir de 100 mètres, toutes les trois minutes.

 Le 15 avril, nous partons à 8 h du soir,après avons parcouru 28 Kms dans des boyaux pleins de flotte , nous arrivons en première ligne à Soupir Aisne , à 6 heures le matin Dans Soupir un obus tombe sur un pan de mur, il y a des éclats dans mon sac. à 6 h 10 mon copain est tué juste à l’heure « H » ; nous sautons le parapet baïonnette au canon ; la mitrailleuse à Fritz y en met un coup, notre Lieutenant Carrée est tué d’une balle dans la tête. Avec Plantier et mon cabot, nous avançons de trous d’obus en trous d’obus, on voit partout des cadavres Boches, ça ne sent pas bon ! A un moment donné Plantier me dit regarde les prisonniers qui descendent, en effet, ils sont près de 500, ils ont encore les mains en l’air. Ils paraissent contents d’être prisonniers , ils ne cessent de répéter: Guerre finiche et Kamarades pas kapout. Ils vident leurs poches pour nous en donner le contenu, sans doute pour être bien vu , et surtout par frousse. Ils ont été poissés par le premier bataillon et les chasseurs. Notre escouade arrive dans un boyau tout bouleversé, nous restons là, peut-être une heure, nous ne pouvons plus avancer. Les mitrailleuses nous crachent dessus, il y a déjà beaucoup de morts. Alors notre Compagnie, qui jusque-là était de soutien, passe en première vague, le Lieutenant nous dit en avant les grenadiers, il faut reconnaître la tranchée devant nous et faire des prisonniers si possible. Nous partons à 150, nous avons à peine fait quelques mètres que le caporal tombe mortellement blessé, un autre jeune reçoit une balle dans la poitrine, la tranchée ennemie devant nous est fortement occupée ; nous n’avons plus qu’à nous replier, trois copains sont encore blessés pendant la retraite . Les 77 nous crachent dessus, j’arrive à la tranchée de départ, mon fusil s’étant enrayé, je me mets en devoir de le démonter quand soudain devant moi j’entends des éclatements de grenades et quatre grands Fritz me tombent dessus. Je ne vois que du sang, Thiébault et Gai sont tués, à mes côtés ; moi forcément je fais « Camarades » je me déséquipé , j’essaie de me sauver, mais je vois des Fritz de tous les côtés . A ce moment-là je ne me rappelle plus de ce qui s’est passé, je crois bien que j’avais perdu la boule, tout cela s’est passé en quelques minutes et je suis tout surpris d’être vivant. Je me trouve couché sur deux cadavres, je me relève et suit le boyau qui est couvert de tués , de tous côtés, j’entends les plaintes des blessés, le sang ruisselle, jamais on ne peut imaginer une chose plus terrible. Tout d’un coup nous nous ressaisissons , le reste de la Compagnie, soit 30 hommes au lieu de 150 que nous étions le matin, nous partons attaquer les quelques Boches qui venaient de nous passer la purge, nous les faisons tous prisonniers, ils étaient 15, ils ont tellement été surpris qu’ils n’ont pas eu le temps de se défendre. A minuit nous sommes de nouveau attaqués, nous les voyons devant nous, venir en tirailleurs . Nous mettons baïonnette au canon et faisons feu dans le tas : mitrailleuses, fusils-mitrailleurs, tromblons, tout crache ; cette fois ils en étaient pour leurs frais, ils étaient bien servis.

Le 19 avril nous partons visages en avant pour traverser la grande plaine au-dessus de Soupir, par Ostende, nous faisons, presque sans combat, prisonnière une Compagnie de Boche.Un peu de résistance, dans Ostende, que nous prenons presque sans perte, nous avançons toujours, nous sommes marmités par des 210. Nous nous arrêtons dans une ancienne tranchée boche démolie, c’est presque intenable. Ah ! qu’est ce qu’ils nous servent ces cochons là.

 Le 21 avril dans la nuit, le 3ème bataillon, nous relève, nous ne pouvions plus tenir la position, tellement nos pertes étaient élevées. Nous restons en réserve de Bataillon dans une carrière d’Ostel.

 Dans la nuit du 22 au 23 nous sommes enfin ravitaillés, c’est rien de le dire, ce que nous étions heureux, depuis le 16 avril nous n’avions rien touché, nos vivres de réserves étaient épuisées depuis quelques jours, et nous en étions réduits la nuit, entre les deux lignes, a fouiller les sacs des cadavres Boches pour avoir des biscuits qui souvent étaient pleins de sang, au risque de se faire tuer, mais la faim fait faire bien des choses …..

 Le 24 avril, nous sommes relevés par le 171ème d’Infanterie. nous allons au repos à Augé, près de Braine dans l’Aisne.

 Le 2 Mai , nous changeons de cantonnement pour aller à Braine, nous sommes alertés, le pays est marmité par des 210 et des obus incendiaires, un de ces obus tombe sur l’ancien moulin où étaient la 1ère et la 3ème Compagnie. Plus de 100 cadavres furent retirés des décombres. Des deux Compagnies, il ne restait plus que 31 hommes valides .

 Le 5 mai, nous montons en ligne, nous relevons le 294ème d’Infanterie qui venait de prendre la pile. Nous sommes au Chemin des Dames ; pas d’abris , des trous d’obus pleins de flotte, et il faut tenir là-dedans jour et nuit ……….. En arrivant en ligne , nous sommes attaqués par tous les moyens, il faut tenir, tromblons, fusils, mitrailleuses , tous on en met un coup. Ils sont repoussés avec pertes et fracas. Je tombe touché, je sens mes forces s’épuiser, je fais un effort surhumain pour me relever, et parcours comme un fou les quelques mètres qui me séparent des brancardiers. Balamy ( ?) m ‘emmène au Poste de Secours, là j’attends mon tour pour être pansé, car il y en a eu des amochés. Après un pansement sommaire, on m’emporte sur un brancard à quelques minutes de là un obus tombe tout près de nous et d’autres ne cessent d’arriver, on entend continuellement des sifflements lugubres . Malgré l’opposition des brancardiers , je descend du brancard, ils me prennent chacun par un bras, ainsi je vais jusqu’au Médecin-chef. Je l’entends qui dit « il a l’artère lésionnée , la mâchoire sectionnée, une hémorragie est à craindre, prenez des ménagements. Tout cela n’est pas pour fait pour me rassurer. Je suis mis sur une espèce de petit brancard roulant sur rail, un homme me pousse jusqu’au G.B.D.( ?) Là , je subis la première piqûre anti-tétanique. Les autos ambulances m’emmènent. En passant dans Vailly nous sommes marmités, là encore je croyais bien que je ne m’en sortirais pas vivant. Enfin me voilà arrivé à l’ambulance à Courcelles ( ou Couvielle?) Il est 7 heures du matin… à 10 heures je passe sur le billard. Je suis attaché solidement, un petit coup d’éther et me voilà occis. Je me suis réveillé aussitôt l’opération terminée . Je ne souffre pas trop, mais je suis très faible . Le chirurgien me donne les vingt éclats qui m’avaient blessé , ils sont encore pleins de sang. Pendant qu’on m’opérait, j’ai eu une hémorragie, c’est pour cela que je ne suis pas costaud.----

 Le 15 mai on m’expédie à Mont Notre-Dame.

Le 18 mai le train sanitaire m’emmène à Paris. Je descends en gare de La Chapelle où les Ambulances Américaines me transportent à l’Hôpital , 63 rue Violet. Là , je suis entouré de soins très dévoués par les Petites soeurs de Charité et par les Dames de France.

Le 27 juin , je suis évacué sur un hôpital spécial, pour me remettre la mâchoire d’aplomb : hôpital Rothschild, rue Santerre N°1.

 Le 30 juillet, je pars en convalescence pour sept jours, mais un abcès s’étant formé dans l’ancienne cicatrice , je rentre à l’hôpital temporaire 38 à Bressuire .

Le 18 août sortant de l’hôpital , je rentre à mon dépôt à Montluçon. Je suis affecté à la 25ème Compagnie.

Le 22 août , je pars en équipe agricole à Andes (Allier) ou Aude ?, jusqu’à la fin de septembre.

 Je pars, le 1er octobre en permission agricole.

 Je suis rappelé le 13 octobre pour passer la Commission.

Je la passe le 16 : je suis reconnu apte.

 Le 17 octobre je pars en permission de transition pour 22 jours ;

 je suis rappelé le 24, je rentre à mon dépôt , il y a erreur, je repars finir ma permission , je reviens le 16 novembre

Le 3 décembre je pars à la Compagnie d’entraînement à Ebreuil (Allier) .

 Le 5 décembre, je pars avec la Compagnie à Billon (Puy de Dôme).

 Le 20 décembre, je me fais inscrire comme volontaire, pour l’Armée d’Orient .

 Le 28 décembre, je pars en permission exceptionnelle de six jours.

Je reviens le 10 janvier 1918, le lendemain, je pars à Auxonne dépôt de concentration pour l’Armée d’Orient.

 Le 12 janvier, je suis vacciné contre le cholèra , on me fait la deuxième piqûre le 19..

 Le 16 mars départ pour Marseille , arrivée le 17.

 Le 25 départ pour l’Armée d’Orient, nous longeons la côte d’Azur, en passant par Nice Cannes, Menton, Monte-Carlo.

 Le 26 , nous arrivons à Vintimille ,première ville Italienne, le 27 nous passons à Pise cité remarquable par sa curieuse tour ;

le 27 nous arrivons à Livourne , nous sommes à la caserne des carabiniers,

le 28, nous passons à Naples, nous sommes en vue du volcan le Vésuve, nous distinguons parfaitement une épaisse fumée sur le sommet.

 Le 29 , nous arrivons à Rome,

le 30 à Tarente .

 Le 2 avril, nous embarquons sur l’Odessa, nous suivons le détroit de Corinthe , nous passons à l’endroit où avait été coulé le Chateaurenault quelques semaines avant.

 Le 3 dans la nuit nous débarquons à Itia, vieille Grèce, nous avons mis 28 heures pour faire la traversée.

 Le 7 nous prenons les camionnettes, nous faisons un voyage magnifique dans la montagne, nous montons à près de mille mètres d’altitude.

 Le 8 nous arrivons à Bralo ( ou Bialo ?). Nous prenons le train

 le 9 , nous arrivons à Verria .

le 10. Nous couchons sur le plateau au- dessus de la ville , sous des tentes individuelles, il fait déjà très chaud,

le 20 je pars à Vodena . Je suis en subsistance à la 30ème division. Je dois rejoindre en renfort la 11ème Division d’Infanterie Coloniale.

 Le 1er mai 1918, nous partons au dépôt divisionnaire de la 11ème Division à Klistina à 85 Kms de là. Première étape Vladovo, deuxième Ostrovo, nous bivouaquons près du lac, le 3 nous sommes à Florina, le 4 à Klistina. ---- Le 7 rayé des contrôles de la 11ème division, je reviens à Vodéna , le 8 je repars à Verria, j’y arrive le 9 au matin .

 Le 11 demi-tour pour Vodéna , par le train, nous allons jusqu’à Vertékop, et de là à pied jusqu’à Vodéna soit 20 Kms.---

Le 22 mai je pars en renfort au 157ème régiment Alpin, nous embarquons à 4 heures du soir, à 4 heures du matin nous sommes à Florina. On se coltine Azor (notre petit chien), et en route direction l’Albanie

Le 23, nous couchons au cm. 6. On repart à 3 heures le matin par une chaleur accablante et le sac chargé. nous grimpons le fameux col de Pisodiri. Le soir nous cantonnons à Zélova, au camp des Enseignes de vaisseaux Kingler

 Le 24 à 3 heures du matin , nous remettons ça pour Bresnika à 25 Kms.

 Le 25 , 22 Kms , nous bivouaquons à Riklista

Le 26, nous repartons avec Azor, comme toujours. Nous faisons 28 Kms pour arriver à la Division, il est 6 heures du soir. Je suis affecté à la 1ère Compagnie. Il me faut donc encore repartir, je m’appuie donc 8 Kms supplémentaires dans la montagne, avec la flotte sur le dos. Je passe le reste de la nuit couché sur la terre humide

Le 5 juin, nous partons dans une direction inconnue, nous bivouaquons encore 15 Kms plus loin ,dans la montagne.

Le 7 à minuit , alerte, tenue d’assaut, toile de tente roulée, grenade, outils portatifs etc. , nous passons par Koritza, après 32 Kms de marche pénible, nous montons nos tentes près du lac Malik. Nous devons passer à l ‘attaque incessamment, appuyés par un escadron de Goumiers.

Le 9 juin, comme on n’a pas eu besoin de nous, nous repartons, et couchons le soir à Koritza. Moi j’ai eu la bonne fortune de coucher chez l’ habitant , comme pageot, c’est plutôt bizarre, des mottes de joncs par terre et voilà le plumard, c’est pas bien compliqué .

 Le 11, nous repartons, bivouaquons dans la montagne, et repartons

Le 13 pour Bellinska, le 14, pour Bresnika, le 15 pour Pzlova, le 16 nous nous tapons le col de Pisoderi, le 17 nous arrivons à Lescovee près de Florina .

 Le 25, départ de Salulovo (? ), là je suis peinard… 7 heures degarde par jour, çà peut aller .

 Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1918 , nous montons en ligne. Première étape Pilka , deuxième Monastir, et dans la nuit du 6 au 7, nous relevons la 34ème division d’Infanterie Coloniale, au piton dit :1248, au nord de Monastir.

 Le 23 juillet nous sommes relevés par le 3ème bataillon, nous allons en réserve au Monastère ouvrage de la Vistule.

 Dans la nuit du 10 au 11 août, nous relevons la 6ème Compagnie Sustus Simonin, quartier Vauban .

 Le 12 août les Bulgares font un coup de main sur la 21 ème d’Infanterie. Nous avons eu à subir un bombardement terrible. Nous avons un blessé, les Bulgares ont laissé de nombreux cadavres dans les barbelés.

 Le 15 étant à Monastir pour faire des achats, je suis pris sous un bombardement des plus violents ; par un heureux hasard, je ne suis pas touché, mais cinq copains qui me suivaient ont été blessés

Le 5 septembre à 5 heures du soir, je sortais du boyau bulgare, pour me rendre à la soupe, tout à coup, je reçois un choc formidable au bras. Ma veste, ma chemise, tout était déchiré, mon bras se mit à enfler aussitôt, j’ai cru qu’il était cassé. Au Poste de Secours on commence par une piqûre contre le tétanos, j’entends dire qu’un gros éclat de torpille m’avait touché, mais n’était pas resté dans la plaie. Pansement et retour dans ma section , avec 8 jours exempt de service .

 Le 14 septembre notre section part en patrouille , nous allons reconnaître les lignes Bulgares. Nous les trouvons fortement occupées, puisque reçus à coup de mitrailleuses et par les ….. pigeons…. Pas de casse heureusement.

 Le 15 , une patrouille d’une autre section effectue la même mission avec le même résultat. Toutes les nuits nous faisons des patrouilles et sommes toujours bien servis…, nous tombons toujours sur un bec de gaz .

Le 18 on a deux blessés, le 19 après un violent bombardement, une patrouille de volontaires de la 3ème section, sort à 11 heures le matin, va jusqu’aux deuxièmes lignes, les trouvent bouleversées ; ils ont tué deux Bulgares ont eu un blessé et leur sergent a été fait prisonnier. La même nuit , ma section sort au col de la Fulda reconnaître les lignes , et s’en tire à bon compte .

 Le 20 , toute la Compagnie attaque au Col de la Fulda . Pris sous un bombardement intense, nous sommes obligés de rentrer dans nos lignes, avec beaucoup de pertes.

 Le 21, nous attaquons encore , nous grimpons le piton 1248, mais il faut le redescendre, impossible Le d’aller plus loin, il y a trop de pertes .

 Le 23, nous partons relever dans la plaine , une Compagnie du 58ème ? d’Infanterie, près du grand piton le Piristerol .

 Le 24 , à 8 heures du matin, nous attaquons encore, mais cette fois les Bulgares se sauvent , nous faisons la poursuite, nous ramassons des canons et du matériel en masse .

 Le 25, on remet çà, on prend des pays, la joie des paysans Serbes est indescriptible. Ils ont beaucoup souffert des mauvais traitements . Dans un petit village , nous arrivons baïonnette au canon, je suis de patrouille d’avant garde , il y a cinq minutes, les Bulgares y étaient encore ; alors nous voyons courir au devant de nous, nous offrant de fleurs, le Pope, toutes les autorités et toute la population . Quelques uns apportent même les quelques poules qui leur restaient, du pain, à boire, tout ce qu’ils pouvaient trouver pour nous faire plaisir. Nous étions portés en triomphe. Oh, les honneurs ne nous manquaient pas , mais ce n’était pas ça qu’il nous fallait, nous avions le ventre vide , et nous étions très fatigués.

 Le 27, nous repartons en direction de Prilep , après deux jours de repos . On fait en moyenne 25 Kms par jour ,

 le 28 nous bivouaquons dans la plaine.

 Le 29, arrivés à Prilep , nous faisons une entrée triomphale parmi les acclamations enthousiastes. Nous sommes maintenant en direction de Vélés .

 Le 1er octobre 1918 : 20 Kms.

 Le 2 , 25 Kms. par une chaleur accablante .

Le 2 nous repartons : 21 Kms . Sur notre chemin ce n’est que ruines, les villages sont en flammes, les Bulgares ont tout brûlé, il y a des cadavres partout, par une telle chaleur, ils sont vite en décomposition et répandent une odeur désagréable. Le long de la route nous croisons des convois de prisonniers , ils paraissent contents d’en avoir fini de la guerre, nous bivouaquons dans la plaine,

 Le 3, au matin, en route pour Vélés, nous arrivons à 11 heures . Vélés, grande ville Macédonienne, le Varden passe au milieu, très beau panorama.

 Le 4 octobre nous partons pour Uskub, à 20 Kms- bivouac dans la plaine.

 Le 5 : 20 Kms.

 Le 6 : 10 Kms.

 Le 7 , nous arrivons à Uskub parmi les acclamations de la foule. Nous traversons toute la ville , et allons cantonner aux casernes : direction NICH : 25 Kms. pour arriver au bivouac, il a plu, nous sommes mouillés ; le soir nous couchons sur la terre fraîche , beaucoup sont malades et sont évacués , il en meurt quelques uns sur la route . ( c’est la Grippe espagnole.)

Le 9, bivouac à Runolavo ,

Le 10 : 30 Kms , bivouac dans la plaine . Sur la route nous avons trouvé plusieurs cadavres de paysans morts de faim et de misère .

 Le 11 octobre, je pars faire du pain, je suis en subsistance au 15 I.E.R. ( ?) nous commençons à travailler au pont de Macrès.

 Le 13 , nous partons à Jigny Pälamka : 25 Kms. Nous travaillons de la farine de seigle, de maïs, avec de la paille en quantité, un peu de tout, quoi ! c’est à peine mangeable, mais nous le trouvons bon quand même, parce que nous n’avons rien que çà .

 Le 18 , nous partons rejoindre notre Compagnie ;

Le 19 contre-ordre nous partons pour la Bulgarie, le soir nous sommes à Kustentil.

 Nous embarquons le 22.

Le 23 nous passons en gare de Sofia.

 Le 24, nous sommes à Alexandrovo, près de la frontière Roumaine.

 Départ d’Alexandrovo le 3 novembre 1918, nous bivouaquons à 20 Kms de là. Il en oublie de nous dire qu’entre-temps , la guerre a pris fin sur ce front d’Orient et l’Armistice signé , le 7 Novembre. à 1h1/2 le matin , par le Gl. Franchet d’Esperey et le Conte Karoly représentant la nouvelle République de Hongrie

Le 24 nov, nous passons près de Vitite , grande ville bulgare sur le Danube.

 Le 5 décembre nous marchons en direction de Belgrade avec 10 jours de vivres de réserve.

 Le 6 déc. arrivée à Roulas ( Bulgarie).

 Le 7 : 30 Kms, nous arrivons à Jagékar (vieille Serbie)-Accueil très enthousiaste, la ville est pavoisée.

Le 8 : 20 Kms .

Le 9 : 20 Kms., bivouac .

Le 10 : 15 Kms. cantonnement.

Le 11 : 20 Kms. cantonnement

Le 12 : 20 Kms. cantonnement.

Le 13 : 25 Kms.

Le 14 : 20 Kms arrivée à Pararluj ( ?) grande ville Serbe.

Le 17 : 8 Kms. cantonnement à Kupriyja , ville Serbe de 3000 habitants , sur la Morava , affluent du Danube .

Le 18 : 25 Kms.

Le 19 : 20 Kms.

Le 20 , nous arrivons a Perajivar , grande ville .

Le 23 : 30 Kms. arrivée à Simenstria port sur le Danube .

Le 28 , nous embarquons sur des péniches,

 le 29 nous passons au Sud de Belgrade.

Le 1er janvier 1919 nous débarquons à Neusatz ( Hongrie) , nous nous installons à la Citadelle et nous faisons du pain .

Le 4 juin 1919 , nous partons pour réprimer les terribles Bolchevicks.à Szégédéy , grande ville Hongroise de 150.000 habitants sur la Thisa, qui est le siège du Gouvernement provisoire. Un pont est organisé à quelques Kms. de la ville .

Départ de Szégédéy à destination de la France le 29 août 1919.

Le 31 , je suis à Aaram( ?) .

Le 1er septembre, n route direction Italie , arrivée à Trieste à 8 Heures du soir . Arrêt de 6 heures à Venise .

Le 2 au matin, nous passions la Piave. Le soir à 3 heures , nous passons à Vincence .

Le 4 nous arrivons à Vérone, nous y passons la nuit et repartons.

Le 5 arrêt de 6 heures à Milan, ville superbe, Cathédrale magnifique.

Le 6 nous arrivons à Gênes ,

Le 7 au sois à Vintimille . Nous rentrons en France par la Côte d’Azur .

Notre joie est grande, et, je pense après avoir vu tant de pays que rien n’est si beau que le retour..

Envoi de MMe Georges F

 

 

 

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