Le récit

 

  1. Les Prussiens en Beauce

 

Depuis quelques jours, on entendait toujours dire par quelques personnes qui voyageaient, nous avons vu les Prussiens, les Prussiens ne sont pas loin d'ici, les Prussiens vont venir, vous allez bientôt les voir.

Enfin un jour , par un soleil resplendissant et pendant midi au moment où mes domestiques prenaient leur repas, le hasard me fait sortir aux portes de la cour. Et qu'est-ce que j' aperçois à St Péravy,!... Les Prussiens ,les Cuirassiers Blancs. Ils étaient déjà connus de renommée. Deux magnifiques cavaliers montaient la garde à cheval à chacune des entrées du bourg de St Péravy, à toutes les routes y aboutissant. Pendant ce temps d' autres Prussiens dans l'intérieur du bourg se faisaient dresser la table aux portes de la cour de Mr Dubois et se faisaient apporter de force et même avec violence Pain, Vin, Beurre , Viande, en un mot dix fois autant de provision qu' il en fallait pour rassasier les 30 soldats qu' ils étaient. Après s'être bien gorgés et repus ils ont remporté ce qu' ils ont pu, et promis  aux habitants du bourg de St Péravy qu' ils reviendraient dans quelques jours et qu' il fallait leur tenir dîner pour au moins deux cents personnes et reprirent  le chemin par où ils étaient venus. C' est à dire par le grand chemin de  Blois à Paris , dans la direction des Bordes Martin. C'était le Mercredi 28 Septembre 1870.

Je courus cette après midi là à St Péravy, parce que j'étais bien en peine de ce qui s'y était passé, je connaissais tous les vaillants de ce bourg et qui m' avais annoncé il y a quelque temps "Moi disait l' un j' en tuerais un, moi disais l' autre , j' en tuerais bien deux, moi disait un de mes grands amis , j' en tuerai bien trois pour ma part. Et ce jour là les Cuirassiers blancs, les Prussiens mangeaient ses raisins aux treilles de sa maison. Montés sur leur beaux coursiers pour mieux les atteindre. Et lui les laissait faire tout en les voyant de dans son grenier où il était caché.

Ils n' ont pas tiré sur eux, heureusement pour le pays, car on aurait payé cher l'imprudence de qui que ce soit, si malheureusement on en eut tué quelques uns comme on se l' était dit quelques temps auparavant.

Le lendemain Jeudi 29 Septembre, soit que des nouvelles de cette petite expédition ait été portée à Orléans au quartier militaire, soit autrement. Toujours est il que vers midi, il arrive une Compagnie de Mobiles de je ne sais quel régiment, et prend position dans le parc du château de St Péravy, bien cachée dans les arbres et abritée par les murailles qui entourent le dit parc, pour s' opposer à de nouveaux exploits des ennemis . Ces braves militaires sont accueillis à St Péravy on ne peut mieux, on leur apporte de tous cotés rafraîchissements divers, nourriture abondante, fruits etc... Cette Compagnie d' Infanterie ne séjourna que la nuit de ce dit jour , soit que l' administration supérieure en eut besoin d' un autre coté, où qu' elle la trouva trop exposée, trop isolée et sans secours possible. Elle retourna camper à Ormes sur la grande route d' Orléans.

Le lendemain 30 Septembre Vendredi, nous n' avons plus de soldats à St Péravy. Tout y est calme inquiet, incertain;de temps en temps quelques Dragons français éclaireurs, viennent du coté d'Orléans s' informer du bourg s'il n'y a rien de nouveaux, et s' en retournent à leurs corps.. Quand sur trois heures après midi on aperçoit un détachement Prussien  sur le chemin de Blois venant  dans la direction du bourg à l' ombre des arbres qui longent les pièces de terres de la ferme de Sennelay et tout naturellement se cachent pour connaître  de cette petite colonne ennemie.

Le détachement Prussien arrivé sur le territoire de St Péravy s' installe et campe entre la ferme du Mesnil et le parc de St Péravy pour y passer la nuit, probablement, mais pendant qu'ils s'occupaient de leur bivouac les éclaireurs ennemis aperçurent les Dragons Français sur la route d'Orléans , leurs lancent une poursuite si rapide et en grand nombre, que je crois bien qu'ils les repoussèrent jusqu' au hameau des Barres, et en revenant explorent les bois de Saumery et autres lieux et ils s' assurent qu'il n' y a pas de troupes françaises aux alentours de leurs campement ... La nuit approche de chez moi j' observe et je vois que les Prussiens pour bien se garder mettent des postes à beaucoup d' endroit, à tous les embranchements de chemins approchant de St Péravy, et notamment un poste  auprès du moulin du Sr François Perrault, ou la route est coupée par le chemin de Coulmelle à Patay, et beaucoup d' autres postes à travers champs.

Je ne sais par qu' elle manière les habitants de Tournoisis ont connu qu' il y avait un détachement Prussien, isolé et campé près de St Péravy. Ils prennent la résolution d' aller à Châteaudun avec dix ou quinze carrioles et au galop chercher une Compagnie de Francs Tireurs qu' ils savaient pouvoir amener, à seul fin de détruire ou faire prisonnier ce petit corps d' armée allemande composé d' environ 250 hommes de cavalerie et deux pièces de canons. Toujours est qu'enfin ils les amenèrent  ces Francs Tireurs et les voilà qu' ils se dirigent à pied de Tournoisis à St Péravy, non sur la route de peur  de faire du bruit mais bien par les cotés le long des fossés et sous les arbres qui les cachent. Mais une fois arrivés au poste du Moulin ,le poste Prussien veille et crie qui vive. Les Francs Tireurs pour toute réponse lui envoient une décharge d' environ cinquante coups de fusil, le factionnaire du poste tombe mort, criblé de balles. Quelques chevaux du poste sont blessés et voilà  tout. Après un semblable exploit les Francs Tireurs négligent de prendre prisonniers les 4 ou 5 hommes encore vivant du poste. Ils tombent au contraire sur le cadavre du malheureux soldat mort, le dépouillent de sa lance et de son casque, et les emportent comme trophée à Châteaudun, du moins ils avaient des pièces à conviction, qu' ils n 'avaient pas fait un voyage inutile.

Au moment où le petit combat avait lieu, j' étais debout et éclairé d' une chandelle, car à cette instant on cuisait et j'étais prêt à mettre le pain au four, j' avais entendu bien distinctement  la fusillade qui m' avait causé une grande frayeur, je fis alors éteindre les lumières , j' avais peur d'être inquiété ou compromis ne sachant pas de quoi il s' agissait..

Quelques instants après les 5 heures du matin environ quelques personnes de Tournoisis dans ce but , et qu'ils croyaient bien qu' en ce moment ci à 5 heures et demi que tout le corps d' armée Prussien était tué ou fait prisonnier. Je le croyais bien puisqu' ils me le disaient, et j' avais entendu la fusillade. Ces personnes venus chez moi à cette heure matinal et en qui j' avais assez confiance étaient  Mr Eugène ?? et Athanas Pépin. Ils avaient passé par chez moi pour aller à Orléans jour du marché. Ils se dérangeaient  de la route ordinaire de peur de gêner l' opération, et aussi pour m' avertir de ce qui se passait.

Samedi 1 Octobre 1870. Le jour commence à se faire , on voit Courriers sur Courriers courir de tous cotés rechercher les traces de ceux qui avaient commis cet attentat et ils ne trouvaient rien. Le pauvre village de Coulemelles qui se trouve si près de l' endroit où le soldat  du poste fut tué devait disaient les Prussiens payé cher l' attentat qui venait d' avoir lieu. C' est quelques espions de ce village qui nous a vendu, qui à rapporté les nouvelles d' ailleurs. Vers les 9 heures du matin une seconde suites de courriers Prussiens, viennent annoncer et à plusieurs reprises d' un bout à l' autre du village, le village sera brûlé, le village sera brûlé demain après midi. Quelle  désolation pour les pauvres habitants bien innocents sans doute du meurtre commis la nuit dernière.

Il est neuf heures et demi, on aperçoit cinq Cuirassier blanc partir de St Péravy se dirigeant vers Gémigny armés de scies et de fourches. Ils vont couper les fils  télégraphiques vers Meung sur Loire. Ils savent qu' ils ne seront pas inquiétés dans leur travail car ils sont guère nombreux pour une opération aussi hardie. Il parait qu'ils ont réussi dans leur entreprise mais en revenant ils ont reçu quelques coups de fusil des habitants de Huisseau et de Gémigny, et l' on dit même  qu'ils en ont blessé un. Enfin ils ont coupé les fils télégraphiques. Pendant ce temps la troupe campée au Mesnil bouleverse tout à la ferme. Les soldats sont furieux d'avoir perdu un des leurs. Ils lèvent le camps forcent le Mr Masure le fermier, du dit lieu de leur fournir une voiture attelée et conduite par un charretier de Mesnil pour emmener le corps de leur soldat tué à son poste, ils ne veulent pas l' enterrer à St Péravy. Ils le font emmener à Toury, et alors il ne reste plus un seul Prussien au pays.

Le dimanche matin 2 octobre si bien inquiet au village de Coulmelle on craint les menaces de la veille, quoique on ne voit plus de Prussiens, on craint qu' ils ne reviennent plus furieux et en plus grand nombre mettre à exécution leurs menaces. Vers midi beaucoup d'habitants du village viennent me trouver à la ferme de la Haie me demander l' hospitalité pour eux et en même temps recevoir et loger leurs bestiaux, le nombre en est si grand que ma ferme ne peut pas contenir tout ce qui s'éloigne du pauvre village qui doit être brûlé ce soir, le surplus que je ne peux pas loger s' en va jusqu' à la ferme de Villarçon  tant la panique est grande tout le monde fuit. Je m' empresse de les consoler et de les rassurer de mon mieux. Car je n' étais pas non plus  très sûr de ce qui pouvait advenir à la suite de ces catastrophes, je tremblais aussi, parce que je craignais pour eux et pour moi.

Enfin le dimanche se passe ainsi que la nuit qui suit bien paisiblement sans entendre parler des Prussiens qui avaient levé leur camps la veille et étaient retournés à Toury.

Le Lundi matin 3 Octobre tout le monde s' informe si on voit venir les Prussiens ou si quelqu' un en sait des nouvelles, si ils reviendront brûler Coulmelle. Mes hôtes n' osent pas encore emmener leur bétail chez eux. Ils vont seulement au village chercher quelques provisions pour les nourrir encore une journée puisque je veux bien les héberger quelques temps. Enfin la journée se passe sans aucun incident  et sans entendre parler des allemands.

Le Mardi 4 Octobre , on s' informe toujours sur le même sujet, et l' on apprends rien, mes hôtes s' ennuient d'être avec leurs bestiaux à la ferme de la Haie, et de plus être chez eux. Ils se décident à regagner leurs demeures et à affronter les menaces annoncées. La journée se passa bien paisiblement ainsi que la nuit suivante.

Le Mercredi 5 Octobre se passe sans aussi sans incidents, et sans entendre parler des Prussiens.

Le Jeudi 6 Octobre on travaille tranquillement il n' est plus question de rien on ne parle plus des Prussiens mais on sait qu' ils sont vers Artenay et Toury. Mais on espère ne plus les revoir dans notre paisible pays , la journée se passe sans qu' on en voie un seul.

Le Vendredi 7 Octobre se passe sans qu' on voit des soldats Prussiens dans nos communes soit à St Péravy soit à St Sigismond. Mais quelques personnes en on vu un peloton sur le chemin de Blois vers les Bordes Martin et rien de plus.

Le Samedi 8 Octobre il ne vient point de Prussiens à St Péravy ni à St Sigismond mais on sait par des personnes qui voyagent qu' ils en est venu à Patay une petite colonne, on commence à s' inquiéter.

Le Dimanche 9 Octobre . Il vient quelques éclaireurs Prussiens à St Péravy et disent aux habitants du bourg d' apprêter à manger pour quelques cents personnes , qu' ils viendront ici pour quelques temps. Les journées des 4,5,6,7,8,9 St Péravy la Colombe fut visité par un grand nombre de voyageurs curieux de tous cotés, du midi surtout, Epieds, Charsonville, Baccon, Huisseau, surtout on venait s' informer de ce qui s' y étaient passé. Car le meurtre du soldat tué à son poste avait eu un grand retentissement dans ces contrées, où ils ne croyaient pas que les Prussiens pourraient jamais allez jusqu' à chez eux. Et pour savoir ce qu' on avait fait pour la défense. Quelques gardes nationaux de ces communes se disaient si vaillant qu' ils voulaient rester au bourg de St Péravy pour le garder.

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A suivre..........

 

 

 

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